Journée très chaude, 33 degrés Celsius. J’ai décidé de me promener à travers Port-au-Prince pour aller faire quelques courses. Au menu : alcool à friction, soie dentaire, pansements et petites chaussures artisanales haïtiennes. Croyez-moi, il n’est pas facile de trouver tout ceci à Port-au-Prince, mais rien de mieux qu’une bonne balade à mobylette dans la ville avec mon ami Pouchon (et oui, c’est bien son nom) pour trouver le tout et visiter en même temps.
J’ai rencontré Pouchon en descendant ma rue. Voyant qu’il était en mobylette, je lui ai demandé s’il pouvait m’emmener acheter tous ces articles. Il me répond : oui avec joie. Je salue maintenant les gens en Créole et je réalise que ça fait toute la différence du monde. Ils sont tellement plus aimables avec moi, c’est le jour et la nuit. Nous prenons la route pour Pétionville où on retrouve des pharmacies. J’adore la mobylette, c’est tellement mieux qu’un taxi et beaucoup moins cher. Par contre, c’est vraiment plus dangereux – j’ai entendu dire que Médecins sans Frontières passe pas mal de temps à rapiécer des conducteurs de mobylettes et leurs passagers – je ne sais pas pourquoi, mais j’adore la sensation d’être sur une moto, je me sens libre.
On arrive dans la ville des bourgeois d’Haïti et j’achète ce dont j’ai besoin après plusieurs tentatives.
Après direction Champs de Mars pour trouver cette fameuse paire de chaussures artisanales. Sur la route, il y a de l’action ! On fait presque 4 accidents, les gens crient pour vendre leurs produits, il y a de la fumée d’essence partout, des trous sur la route, des gens qui soudent des morceaux de fer, d’autres de l’eau sur leur tête, d’autres des chaussures, d’autres des tableaux, d’autres des fruits, d’autres des légumes, etc.!
On s’arrête pour prendre de l’essence et j’entame une bonne discussion avec Pouchon. Il m’explique qu’il a 25 ans et qu’il a dû arrêter ses études après le tremblement de terre pour devenir chauffeur de mobylette. Je lui demande pourquoi. Il me répond que c’est parce que son père et sa sœur sont morts dans le tremblement de terre, leur maison s’est effondrée sur eux et sur ses oncles, tantes, cousins et cousines. Sa mère à été épargnée parce qu’elle était au marché au moment où ça s’est produit et lui à l’école. Je me sens tout de suite coupable de lui avoir posé cette question et je lui offre mes condoléances. Il me dit que ce n’est pas grave. Il mentionne que parce que sa mère ne gagnait pas assez d’argent il doit l’aider et travailler, c’est pour cette raison qu’il conduit cette mobylette. L’essence coûte plus de 5$ le galon et il termine ses journées avec en moyenne 8$ en poche. Je le dis haut et fort : respect à tous ces Haïtiens qui gardent la tête haute et le sourire malgré ce qui est arrivé et continuent à avancer sans regarder derrière !
J’ouvre ici une parenthèse. Je n’ai pas l’intention de jouer le rôle de l’animateur de Vision mondiale, mais bon sang que ça doit être dur pour ces gens. Plus de 80% des Haïtiens que j’ai rencontrés ici ont perdu des membres de leur famille directe pendant le tremblement de terre (Taylor, Ronald, Jonas, Pouchon et Ricardo). Ils ont vécu une catastrophe naturelle qui a détruit presque tout à PAP et en plus ils ont perdu des membres de leur famille dans la catastrophe. Vous me direz : oui, mais c’est évident, tu t’attendais à quoi ? Je vous réponds : jamais je n’avais imaginé la ville dans cet état plus d’un an après la catastrophe et que ça avait pu toucher autant de gens. Je vous garantis que ça n’a rien à voir avec ce que vous voyez à RDI et surtout à TVA !
En terminant, on trouve finalement les chaussures et Pouchon m’aide à négocier le tout. Après 20 minutes de tractations, on réussit à les avoir pour 7$. Il me ramène chez moi et je lui serre la main. Je prends son numéro et lui dit que je le rappellerai demain.




